Le Togo connaîtra-t-il l’alternance le 1er juillet 2019?

Par Essowoe Essenam

Le gouvernement togolais a convoqué le corps électoral dimanche prochain, le 30 juin, afin d’élire les conseillers municipaux. Les dernières élections municipales furent organisées il y a plus de trente ans par le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), parti unique de l’époque devenu Union pour la République (UNIR) en 2012.

Ces municipales, contrairement aux législatives boycottées en décembre 2018, connaissent la participation de plusieurs partis politiques de l’opposition, notamment l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre et les restants de ce que fut la C14 (la CDPA, l’UDS, l’ADDI, …) et le nouveau regroupement dénommé Coalition rénovée constitué du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de Me Agboyibo, le Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD) de Me Mohamed Tchassona et le Nid de Gabriel Dosseh-Anyron. Le grand absent de ces municipales est le Parti National Panafricain (PNP) de Me TikpiAtchadam à qui s’ajoute Togo Autrement de Fulbert Attisso et le Parti des Togolais de Nathaniel Olympio. Ces trois derniers partis estiment que les municipales ne répondent nullement aux aspirations de l’heure des Togolais et, par conséquent, n’y participent pas.

L’opposition a-t-elle obtenu gain de cause des revendications populaires issues du 19 août 2017 ?

Nul n’ignore que la lutte pour la démocratie au Togo a connu un nouvel élan à travers les manifestations populaires du 19 août 2017 à l’initiative du Parti National Panafricain (PNP). Les Togolais, confiant en la C14, ont manifesté leur désir de meilleures conditions de vie dans un autre Togo que celui dirigé par le clan Gnassingbé et amis. Ils ont réclamé l’alternance, un changement à la tête du pays permettant une nouvelle direction, une autre façon de gouverner qui permette une amélioration de leurs conditions de vie.

Hélas, la C14 s’est disloquée comme elle est née, sans résultat probant, laissant les Togolais dans une situation qui semble plus lamentable que celle d’avant le 19 août 2017, laissant un bilan totalement négatif sans oublier les personnes tuées par balles lors des répressions policières ou militaires…

Aucune des exigences formulées au nom du peuple par la C14 « d’origine » n’a été satisfaite par le pouvoir UNIR en place. Et pourtant, avec ces élections dites locales, les campagnes des partis de l’opposition et du pouvoir donnent l’apparence d’un Etat normal. Aussi bien ces partis d’opposition participant à cette élection municipale que le pouvoir tentent d’endormir le peuple sur la réalité du Togo: trouver un toit adéquat pour dormir, prendre un bon repas par jour ou se soigner adéquatement continuent d’être pour la majorité des Togolais un chemin de croix sans fin.

Pendant ce temps, le pouvoir se consolide, se frotte les mains en clamant dans les médias internationaux ou au Chatham House (l’Institut royal britannique de politique étrangère) de Londres où Faure Gnassingbé s’est fait inviter le 4 juin dernier, que le Togo est un pays normal où il faut venir investir…

Que changeront les locales dans la vie des locaux au 1er juillet ?

Absolument rien, quel que soit le résultat: tripatouillé ou arrangé. En fait, c’est le pouvoir qui sera encore gagnant puisque, comme il le fait dire déjà, il se servira de ces simulacres d’élections municipales comme une preuve que tout va bien au Togo, les règles démocratiques sont respectées, les Togolais ont la vie belle et sont satisfaits du système actuel de gouvernance. D’aucuns prétendront qu’avec quelques miettes de sièges qu’on leur aura octroyées, ils auront « pris le pouvoir à la base » comme si ce n’est pas la « base » qui élit les députés et le président de la république, comme pour se consoler de leur inefficacité à obtenir pour le peuple l’alternance politique auquel il aspire. Un faux fuyant.

La politique de décentralisation ne peut être efficace sous une dictature car, aucune dictature ne décentralise réellement, la dictature étant une centralisation du pouvoir dans les mains d’une seule personne.

Les leaders de l’opposition togolaise doivent avoir l’obligation de résultat

Les opposants togolais doivent présenter leurs bilans d’action au peuple togolais. Certains d’entre eux sont opposants trentenaires sans résultats : ils doivent aussi démissionner s’ils n’ont pas de résultats probants. Commençons par appliquer aux chefs des partis de l’opposition togolaise la règle de l’imputabilité ; pas de résultat escompté, tu quittes la tête du parti et laisser la place à un autre. Poussons ces partis à se doter de règles liées à l’imputabilité. Qu’une nouvelle génération ose prendre le devant de la lutte. La diaspora peut y contribuer aussi.

Le Togolais doit se faire entendre de ses leaders et non être un agent d’exécution des partis politiques

Le peuple togolais doit revoir son engagement dans les partis politiques en tenant compte de ses aspirations. C’est aux Togolaises et aux Togolais de forcer la main aux femmes et aux hommes politiques de l’opposition actuelle pour qu’ils cessent de jouer avec l’avenir de toute une Nation. Les associations de la société civile, les syndicats et autres doivent faire leur part respective pour le bien-être des Togolais. Toute critique objective est utile au progrès.

Mais, pendant ce temps, le président togolais prépare sa réinstallation dans la continuité au pouvoir en 2020…

Que faire ?

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